Points Chauds

Morceaux choisis de la sûreté internationale par Jean-Paul Vallin

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Profils types des expatriés

Travailler dans des pays à risques n’est pas chose facile : aux contraintes du chantier et à celles des rythmes locaux viennent s’ajouter des menaces protéiformes et variables par la gravité pouvant aller jusqu’au préjudice physique. Mais à l’origine d’un grand nombre d’assassinat, d’enlèvements, de cambriolage et de braquages, l’analyse démontre que les règles et recommandations mises en place ont été enfreintes ou ignorées. On peut alors parler de déviance comportementale.

Selon les pays ou les contextes, selon la menace, la norme n’est bien entendu pas la même. En Amérique du Sud et Centrale, cette norme instaurée par l’entreprise pour protéger son personnel expatrié va se focaliser sur le profil bas et la lutte au quotidien contre toute forme de routine. Au Proche Orient, l’orthodoxie comportementale passe par le strict respect des traditions religieuses locales, qu’il est essentiel de connaître.  Dans certains pays du Sahel, Niger, Mali, Mauritanie, il conviendra en plus de limiter ses déplacements à des zones sûres, et d’éviter celles incertaines ou potentiellement dangereuses dont les contours peuvent évoluer. Dans certains autres pays d’Afrique ou d’Asie, c’est le caractère sacré de certains lieux, arbres, objets ou animaux avec lequel il faudra composer. La transgression de ces règles comportementales peut entraîner des réactions ou sanctions qui peuvent aller jusqu’à la condamnation à mort. C’est le cas de la « fatwa » au Moyen Orient. Mais ces règles que nul n’est censé ignorer, très peu d’expatriés les connaissent avant de mettre les pieds dans le pays. Il convient donc de les en informer au travers de séances  d’information appelées « sensibilisation ». Un gros effort a été consenti en ce sens par la majorité des entreprises.

Il reste que de nombreux accidents surviennent encore, liés à l’étourderie, l’ignorance volontaire ou le rejet des recommandations faites par les spécialistes. Nous nous arrêterons ici sur deux profils émergents parmi ceux rencontrés, et opposés dans leur attitude vis-à-vis des recommandations en place.

L’un des profils les plus enclins à cette déviance est le vieux briscard. Pas le sage, l’expérimenté, celui auquel on vient demander conseil, mais l’autre, celui qui a tout vu, tout lu, tout vécu, tout entendu. Techniquement irréprochable, il s’autorise tous les interdits dans les heures non œuvrées car son expérience dans le pays fait de lui le sachant. D’ailleurs, cela fait plus de x années qu’il est expatrié dans ce pays où il connaît et est connu de tous. Il n’a jamais eu de problèmes, s’est tiré de toutes les situations, a été braqué, enlevé, cambriolé, mais il est toujours vivant, toujours dynamique et irréprochable dans le boulot. Il ne prête qu’une oreille distraite aux recommandations d’usage, s’affranchit des procédures de sûreté, voit d’un mauvais œil le personnel de protection et souvent, en prime, le fait savoir. Surtout, il ne se remet pas en question et toute tentative pour l’amener à résipiscence est vouée à l’échec. Les conséquences de cette ignorance volontaire sont parfois dramatiques, mais il n’en a cure. Ce profil qui concerne en général une population autour de la soixantaine voit cependant ses rangs clairsemés par la limite d’âge.

A l’inverse, la nouvelle génération de cadres techniciens et ingénieurs admet tout naturellement les contraintes sécuritaires internes à l’entreprise et les considère « normales ». L’actualité les rappelle d’ailleurs en permanence à la réalité des pays à risque. Leur choix d’y travailler est donc totalement assumé et ils marquent un intérêt particulier pour la sûreté par des questions précises, adaptées au contexte et pertinentes. Ils savent par ailleurs que certaines universités ont intégré cette dimension dans leur cursus. Ils consacrent un temps important à s’instruire sur les particularismes de leur futur pays d’accueil. Au plan du comportement, ils évitent la prise de risque inconsidérée mais au contraire montrent de plus en plus leur capacité à analyser l’exposition d’un chantier ou des expatriés aux menaces locales. Lorsque le dispositif de protection qui les entoure leur paraît proportionné à la menace et dosé sans rigueur excessive, ils en acceptent assez volontiers le poids, en dépit des privations qui l’accompagnent. Cette génération affiche un potentiel qui rend optimiste sur les capacités des entreprises à poursuivre leurs projets et chantiers dans les pays et régions à risque.

Image : utile.fr

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